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Pierrot d’entre les rives de Marne… n’est plus

Derivery_1C’est le 4 novembre 1925 que Pierre Derivery vit le jour à Créteil, sur l’île Brise-Pain. Poisse de naissance, une petite erreur de nature en fait un bipède claudicant. La belle affaire, quand on a l’âme bien trempée et les environs de la Marne comme terrain de jeux … Pour assurer l’ordinaire, Pierre sera maroquinier, un beau métier assis. Mais pour assurer son bonheur de vivre, il se calera dans un kayak et deviendra un grand champion.

Depuis l’après-Grande Guerre, entre le Pont de Créteil et Bonneuil, le bassin de la Marne est devenu, pour le canoë et le kayak le plus fabuleux vivier de champions de toute la France et Pierrot , fasciné , suit à l’envi ces flèches pagayeuses qui strient l’onde de la rivière. Adolescent, il entreprend la construction d’un kayak à l’ancienne[…] Et par passion, par bravade, il prend le sillage des champions.

14 titres de Champion de France. Aujourd’hui encore ses chronos dans les épopées Audax : 50 et 60 kms n’ont pas été dépassés…

Il entre alors dans des clubs prestigieux (CKP, SNTM) et dans le bassin des grands. L’équipe de France de 1951, dont il sortira en 1962, la tête bourdonnante du souvenir de sa participation aux liesses sportives. JO d’Helsinki en 1952, de Rome en 1960, plusieurs championnat d’Europe et du Monde. Pierre Derivery remportera 14 titres de champion de France et une cinquième place au championnat du Monde à Prague, en 1958. Aujourd’hui encore, ses chronos dans les épopées des Audax (40 et 60 km) n’ont pas été dépassés…

Pendant deux décennies, Pierre Derivery a pagayé l’Europe et ses alentours.Derivery_2 La retraite sportive venue, il a fini le reste du monde en voilier. Dans sa maisonnette-cabane, Pierrot, un peu indien , un peu vagabond de l’immobile, vivait libre, enfin autant qu’on peut l’être encore aujourd’hui. Il arpentait son petit royaume, en se dandinant, la cause aux handicap, mais guère plus que ses animaux de prédilection, ses oies et ses canards, réserves de plumes sur sa patte palmée, pour des coiffes cheyennes qu‘ il n‘ a jamais confectionnées.

Mais il était de son île de Marne comme on est d’un pays qu’on ne quitte jamais; jusqu’au delà de ses 88 ans, sur sa berge embarcadère, face à l’île des ravageurs, il était venu au devant des eaux glissantes qui lui parlaient ses autrefois et les belles clameurs que déclenchaient ses victoires.
Souvent aux commandes de son Chris Craft, sa dernière gondole, il partait bourlinguer sur sa Marne jusqu’au bout de ses rêves de festin de clapotis.