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La rue du Morbras

Aux confins de Créteil en direction de Bonneuil-sur-Marne, entre les darses du port de Bonneuil et la large rue du général Leclerc, se trouve une petite rue dénommée la rue du Morbras.

Le Morbras est la 3ème rivière la plus importante du Val-de-Marne après la Marne et la Bièvre. Elle prend sa source à Pontcarré en forêt d’Armainvilliers (Seine-et-Marne). Elle finissait sa course dans la Marne en deux endroits dont l’un d’eux était à hauteur de la rue du Barrage, à la pointe de l’île Sainte-Catherine. Elle passait  donc à proximité de la rue qui porte désormais son nom.

MorbrasAujourd’hui, plus de trace de cette rivière à Créteil. La Grande Guerre faisant rage, l’Etat décide en 1915 de construire un port militaire sur la Marne à proximité du chemin de fer. C’est l’île Barbière à Bonneuil qui est choisie. Mais cela nécessite des travaux importants dont le comblement de la partie cristolienne du Morbras puisque son cours longeait l’île par le sud. Le rû du Morbras se jette dorénavant uniquement à Sucy-en-Brie au niveau du Bec de Canard, ex-deuxième jonction du ruisseau et de la Marne, à l’extrémité Est du port autonome de Paris-Bonneuil.

Pour aller plus loin, « Morbras » signifie « Bras mort ». Un bras-mort est le résidu  d’un ancien méandre de rivière. C’est la Seine qui a d’abord creusé ce lit, il y a des milliers d’années, puis a laissé la place à la Marne avant de passer le relais à un de ses affluents, le bien nommé Morbras que le génie militaire français aura fini par combler partiellement.

Le pont sur la Marne

Pour ceux qui, comme nous, aiment flâner le long de la Marne, vous avez dû rencontrer ces peintres plus ou moins connus qui, aujourd’hui, subliment nos paysages. Paul Cézanne est sans doute le plus célèbre, le saviez-vous ?

Le nom de Cézanne est associé le plus souvent à celui de la Provence. Et pourtant, le peintre passa plus de la moitié de sa vie d’artiste dans la capitale et en région parisienne où il travaille la peinture de paysage en plein air. C’est bien sûr la Seine qui a d’abord séduit les impressionnistes mais avec la Marne, ils y ont trouvé le charme d’une rivière qui serpente au milieu de la verdure parsemée d’îles sous un ciel changeant au fil des heures, des jours et des saisons. Pont_Marne_CezanneSon tableau « Le Pont sur la Marne » en est l’expression. Peinte en 1883, cette œuvre est conservée au musée Pouchkine à Moscou. Au fond, on trouve le pont de Créteil qui malheureusement a été reconstruit sans le charme d’antan. Le premier pont, inauguré en 1841, est un pont  suspendu d’une seule travée. En 1870, le pont est détruit pendant la guerre franco-prussienne. Un second pont est édifié entre 1872 et 1874 sur les plans de l’architecte Joret.

C’est celui-ci qui est reproduit dans l’œuvre de
Cézanne. Ce second pont est démoli et remplacé
par l’actuel en 1962. A droite, on reconnaît l’île
Sainte-Catherine et un des moulins de cette
partie de la Marne qui, aujourd’hui, a disparu.

Armand Maraldo, la mémoire d’un quartier

Armand Maraldo habite 8 rue de la Prairie à Créteil, là où les bêtes venaient s’abreuver il y a longtemps. C’est un homme alerte et sympathique qui porte bien ses soixante-dix-sept ans avec ses yeux malicieux et remplis de vie. Il a donné cinquante ans de son existence au bâtiment en faisant prospérer son entreprise familiale tout en devenant l’époux comblé de sa secrétaire comptable avec laquelle il a convolé en justes noces en 1963. maraldo_1Passionné de vélo, il court tous les jours en rentrant du travail et fût même dirigeant et représentant de l’US Créteil Cycliste de 1955 à 1997. Armand, modeste, se dit «petit coureur régional » mais il a déjà une bonne réputation dans le Val-de-Marne et la Seine-et-Marne. En 1956, il a couru avec Joseph Trentin puis en 1961 avec Pierre Trentin qui sera Champion Olympique. Il a aussi côtoyé Daniel Morélon connu de tous les férus de cyclisme.

Amateur de jardinage et de pèche, il voyait s’installer avec plaisir sept ou huit pécheurs avec leur petite famille en face de chez lui. Il les connaissait bien et se remémore, non sans émotion, « Dédé » ou « Lulu » qui étaient de « sacrés bons vivants » toujours prêts à plaisanter et à rendre service aussi.

maraldo_2On disait alors du quartier que c’était une « Petite Venise » en activité. En effet, des cris et de l’agitation il y en avait à la ferme « Pagès » au 1 chemin du Bras du Chapitre (toujours en activité dans les années 50) où il allait chercher le lait frais. Il faut imaginer aussi les troupeaux de chèvres qui se promenaient dans la rue de la Prairie. Les cochons, eux, «résidaient» sur l’emplacement de l’hôpital intercommunal et tout ce petit monde bêlait, grognait à qui mieux mieux quand Armand rejoignait sa maison.

Armand possédait aussi deux coqs, des lapins, des furets et un poulailler et il lui était difficile de passer inaperçu auprès de ses parents quand il rentrait tard (trop tard) car le coq se mettait systématiquement à chanter. Il raconte qu’à l’hiver 1952, il se mettait à sa fenêtre pour voir les gens patiner sur la Marne et c’était très réjouissant…

maraldo_3Aujourd’hui Armand Maraldo est membre d’une association d’anciens combattants. Il est même le président du Souvenir Français. Sa mission consiste à s’occuper des tombes et à transmettre le devoir de mémoire de ceux qui sont morts pour la France. C’est ainsi qu’il se rend régulièrement dans les collèges de Créteil pour transmettre la parole de tous ceux et toutes celles qui ont fait la « Grande Histoire ». Il n’hésitera pas non plus à accompagner des collégiens au Mont Valérien, le14 avril avec les enseignants du collége Plaisance.

Une bande dessinée réalisée par les élèves devrait bientôt être exposée à la Maison du Combattant. Que d’investissement et d’enthousiasme chez cet homme jovial qui nous a ouvert sa porte et son cœur.

Merci Armand ! il ne vous reste plus qu’à adhérer à notre association de sauvegarde du Bras du Chapitre. On vous attend une coupe de champagne à la main.

Souvenir d’un temps perdu : l’enfilade des guinguettes

Depuis le Pont Noël, face aux îles vertes, on déambulait le long d’une berge colonisée par les guinguettes: « Le Petit Venise », « Au Sergent Bobillot », « Le Petit Cochon de Lait », etc…

Enfilade_Guinguette_1En semaine, les accordéons, les lampions, les guirlandes d’ampoules multicolores, les estrades des musiciens, les parquets à danser, faisaient relâche. Tout ce territoire dédié à la musique, à la danse, et aux chansons entrait en léthargie. On avait l’impression troublante de traverser une ville fantôme.

Le temps était comme suspendu. Une sorte de fête foraine immobile, silencieuse et désertée par les enfants: une Belle au bois dormant.

Enfilade_Guinguette_2Comme des ombres imprécises, ici et là, quelques soiffards impénitents, méticuleux et obstinés poussaient les portes grinçantes des bars. Ils passaient d’un abreuvoir à l’autre mais cela n’entretenait qu’une flamme discrète et fragile. La petite mort hebdomadaire des guinguettes ne provoquait ni détresse, ni tristesse, puisque l’on savait que, dès le samedi, les ropriétaires allaient à nouveau baisser les manettes, sortir les bancs, les chaises et les tables.

Place aux pianos à bretelles, aux rires, aux fritures d’ablettes, aux cornets de frites et au petit vin blanc. Place au tourbillon de la vie.Enfilade_Guinguette_3

Du plus loin qu’ils se faisaient entendre, les flonflons des bals musette attiraient les amoureux de goguette, comme les lanternes attirent les phalènes, pour des farandoles jubilatoires.

Souvenir d’un temps perdu : C’était au temps …

…où la Marne, enivrée de champagne s’arrêtait pour une moule-frites ou une matelote de poissons sous les tonnelles fraîches des guinguettes, avant d’aller « giguer ».

« L’Arche de Noël » Actuellement le Cercle de Voile de la Basse Marne

« L’Arche de Noël »
Actuellement le Cercle de Voile de la Basse Marne

C’était au temps où le dimanche, le canotier de Renoir côtoyait la casquette de Gabin. Ouvriers en goguette, bourgeois encanaillés, marlous en semi-cavale venaient « guincher » au bord de l’eau.
« Ah ! Le petit vin blanc » du clos Guinguet… Comme il tournait la tête des titis parisiens et de leur cavalière, aux rythmes effrénés du maître des lieux : l’accordéon, le piano à bretelles !

Le piano à bretelles
Grâce à mes deux claviers placés sur le côté,
j’étire mon ventre plissé à volonté.
Agitant de bon cœur mes multiples soufflets,
je sème de la gaieté partout où je vais.
Que ce soit en soirée au grand bal musette
devant de bien sémillantes midinettes
ou sous la tonnelle fleurie des guinguettes,
j’ondule de plaisir d’être complimenté.
Laissant quelques perles de cristal s’égrener
où la si belle java bleue ensorceler,
mes notes s’envolent avec légèreté,
heureuses de faire chantonner et guincher.

On le dit : piano à bretelles, piano du pauvre, boîte à frissons, branle-poumons, boîte à chagrin, soufflet à punaises, dépliant, calculette prétentieuse, boîte à soufflets, boîte du diable. C’est le roi du bal-musette !

Elle est bien finie la rixe entre Italiens et Auvergnats de la Bastoche. L’accordéon rital et la musette bougnate  petit hautbois) mêlent leurs musiques et leur folklore. Adieu le bal à la musette des bougnats où l’on danse au son de la cabrette, bonjour le bal musette et son accordéon qui remplace les vieux instruments folkloriques.  Allez, tout le monde en piste !

L’entrée du bal est gratuite mais il faut acheter des jetons à la caisse. En aluminium ou en bronze, de diverses formes avec des découpures différentes.

JetonsOn peut les identifier dans l’obscurité au simple toucher. Ils portent au recto le nom du bal et au verso l’inscription « Bon pour une danse ». Vers la moitié de la danse, le patron du bal passe entre les couples avec une sacoche en annonçant: « Passez la monnaie » et les danseurs donnent un jeton de bal avant de « giguer » sur une polka ou de tournoyer à nouveau sur une « toupie », une nouvelle valse à la mode.

C’était au temps… mais des passionnés commencent à rouvrir les volets des guinguettes. C’est ce que chantent les flots de la Marne…

« Quand on se promène au bord de l’eau » .

Guinchement votre !