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Souvenir d’un temps perdu : Le petit Trouville

Lorsque la belle saison le rendait nageable, mon père me traînait par la manche vers le Bras du
Chapitre. Papa était né à deux rues de la coulée verte qui était, en ce temps-là, un vrai pays
aquatique et les mômes qui y pataugeaient, étaient bel et bien palmés. Papa était resté, comme dans
son jeune temps, un furieux de la natation.

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L’approche de la baignade au Petit Trouville le mettait en transe. Il pressait le pas, saluait Monsieur Henri, se précipitait vers une cabine rouge et se changeait. Il me lâchait dans la petite mare pataugeoire, allait faire trois ronds de squale dans le grand bain puis franchissait les bastaings flottants qui délimitaient la zone surveillée. Il filait à l’indienne vers le Pont Noël, contournait le pilier central et nageait jusqu’au Petit Venise, à l’aise dans le  courant. Puis retour au pont, puis aller, puis retour, inlassablement. Les yeux en fentes de crocodiles. Un vrai jouisseur du fil de l’eau… Il était strictement interdit de franchir les limites, mais Monsieur Henri le laissait faire. L’impétueux dauphin devait lui rappeler les temps anciens où il était, lui aussi, un svelte et musculeux nageur.

Depuis longtemps il avait viré « massif culbuto ». Il était devenu une ventripotence majestueuse et lunatique, tantôt bourrue, tantôt joviale. C’était selon son ombre. Dans ses manières, il avait conservé de l’agilité; en bout de mains, pour servir les petits blancs, les assiettes de friture et les cornets de frites et dans son regard, pour
harponner tous azimuts les contrevenants au règlement de la baignade.

Petit_Trouville_2En contrebas du bar, les baigneurs bruissaient en permanence d’une belle clameur juvénile et, le plus souvent, ça se passait plutôt bien. Mais parfois, on enregistrait une poussée de fièvre dans la jeunesse. C’était toujours à l’arrivée d’un groupe d’adolescentes en maillot de bain qui mettait le feu et créait un frissonnement animalier dans le marigot.

Les filles ! Dans les baignades, elles étaient moins nombreuses mais elles avaient le pouvoir de transformer les adolescents têtards en véritables athlètes  aquatiques. A l’évidence, elles émoustillaient les jeunes hommes qui à la fois s’activaient sur les agrès et les plongeoirs et multipliaient les esbroufes, les épates et les
roucoulades. Tout cela créait des remous, des bouillonnements intempestifs et des effets aquatiques traîtres qui faisaient suffoquer les plus jeunes ou faisaient rentrer la flotte dans la bouche et les narines.

PS : Les beaux jours de cet été ont donné l’occasion aux jeunes du quartier de redécouvrir les plaisirs de la baignade dans notre bras de Marne. Il est, toutefois regrettable que le seul plongeoir soit le pont de le rue du Moulin Berson.

Souvenir d’un temps perdu : Une joyeuse flottille de barques et de canots

Depuis le début du siècle, le Bras du Chapitre est un lieu d’intense activité pour la navigation de loisir. Bien sûr, pendant la dernière guerre, la pratique de la promenade en barque fut réduite à la portion congrue dans les occupations des hommes préoccupés, mais la paix revenue, les esquifs retrouvèrent, en grand nombre, leurs rameurs et leurs élégantes embarquées.flotille_1A l’écart du courant rapide et turbulent de la rivière Marne, à l’abri des remous qui naissaient dans le sillage des péniches et déstabilisaient les embarcations légères, le Bras du Chapitre offrait le confort de ses eaux languides et le décor d’une succursale de l’Eden.

De loin, les canots et les barques de loisir, agglutinées par dizaines aux pontons des guinguettes, semblaient des essaims d’insectes ensommeillés aux élytres repliées. A l’approche, les embarcations amarrées s’avéraient bien bruyantes : alignées dans le sens du courant, chahutées par les vaguelettes du courant, les barcasses clapotaient, s’entrechoquaient se dandinaient de bâbord à tribord, elles dansaient leur impatience, elles chahutaient comme des garnements en rang d’école.flotille_2D’un week-end à l’autre, à l’attache, comme des chiens tricards, les barques tiraient obstinément sur leurs chaînes et poursuivaient leurs rêves têtus de filocher à travers le dédale des chemins d’eau qui cernaient les îles. Tout au long des week-ends de la belle saison, à partir des pontons, on assistait à un lâcher permanent de barques, canoës et canots. Dans un joyeux brouhaha d’exclamations jubilatoires et de rires en cascades, les embarcations se garnissaient de froufrous, de dentelles, de corsets à guipure, de chapeaux à fleurs.

D’énergiques gaillards en marcel et casquette et d’élégants gandins en gilets et canotier ou chapeau de feutre,
s’emparaient des rames et des pagaies avec des manières de conquérants fringants et piquaient des proues entêtées d’aventures et de sensations corsaires vers les lointains alentours. Les barques piquetées d’ombrelles s’égaillaient sur l’onde comme autant de nénuphars en fleurs à la dérive. El l’on entendait, bientôt, d’une berge l’autre, sur les frisures des vaguelettes enfantées par le vent ou le sillage des embarcations, cascader les rires d’une jeunesse en goguette sur les trilles des accordéons. Et chacun de faire son bonheur du spectacle simple des humains en liesse.

Certaines embarcations conduites par des rameurs aguerris filaient avec détermination vers la ligne d’horizon, d’autres, manœuvrées par des néophytes ou des rêveurs amoureux avaient des Certaines embarcations conduites par des rameurs aguerris filaient avec détermination vers la ligne d’horizon, d’autres, manœuvrées par des néophytes ou des rêveurs amoureux avaient des trajectoires hésitantes quand leur proue ne faisait pas bélier d’une berge à l’autre. Mais, au détour d’un bras d’eau, les plus joyeuses des escapades pouvaient tourner au vinaigre et devenir franchement chagrines lorsque les promeneurs embarqués faisaient irruption en territoire de pêcherie.

Les eaux courantes des rivières n’appartenant en propre à personne, on pourrait en conclure qu’elles appartiennent à tout le monde, mais ça n’a jamais été le credo des pêcheurs qui sont les moins partageurs des usagers de ces territoires en commun. Le Bras du Chapitre aurait dû être un territoire de cohabitation paisible mais la ligne de partage des eaux n’ayant pas été clairement établie, elle avait été détournée de fait, à l’avantage exclusif des pêcheurs. Ni banderole, ni pancarte : c’était écrit sur les tiges des roseaux, sur les troncs des saules, sur les branches dérivantes et dans les regards fulgurants et fulminants des pêcheurs. C’était comminatoire et menaçant : « du large ! »

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Souvenir d’un temps perdu : La rue de la Prairie

La rue de la Prairie se situe entre le Bras du Chapitre et l’hôpital intercommunal. Cette rue de Créteil tire son nom de l’histoire locale. Il y avait à cet endroit, à l’angle de la rue du Moulin et du chemin du Bras du Chapitre, la laiterie de la Prairie où pour 3 sous, les promeneurs pouvaient déguster une bonne tasse de lait frais. Lait issu, bien entendu, des vaches qui paissaient dans une grande prairie à l’herbe grasse et savoureuse à  proximité de cette laiterie et au bord de l’eau donc.
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Aujourd’hui, la grande prairie a laissé place aux jardins familiaux. La laiterie a laissé place à une maison d’habitation. Il ne reste que les plaques indiquant le nom de la rue pour laisser une trace de cette époque où Créteil n’était encore qu’un village de la campagne briarde.

Une fresque étonnante

C’est en automne 1986, un samedi, la veille du concours «Les chevalets du Bras du Chapitre» organisé par l’Association de Sauvegarde du Bras du Chapitre (ASBCA) que Michel Dubois, peintre amateur, riverain du Bras du Chapitre, a décidé de s’entraîner en utilisant un rouleau de papier, qu’il avait trouvé dans un dépôt d’encombrants.

Il est parti avec une brouette, des tréteaux et des planches et s’est installé sur le chemin longeant les jardins familiaux pour représenter la nature à l’aide d’une plume et d’encre de Chine.

Pris au jeu, il a continué son périple tout au long du Bras du Chapitre s’arrêtant à chaque fois que son œil était séduit : deux barques et la végétation environnante ou un bateau et la passerelle des Coucous.
Il a bien pensé couper cette partie du rouleau mais finalement il ne l’a pas fait, plutôt bien inspiré puisqu’ensuite il allait poursuivre ce qui allait devenir une œuvre « inattendue ».

Fresque_2C’est ainsi qu’il a eu l’idée d’immortaliser les berges du Bras du Chapitre en utilisant plusieurs techniques de peintures sur toute la longueur de son rouleau de papier. Il a donc repris les dessins qui allaient du chemin des jardins familiaux jusqu’à la passerelle des Coucous, avec l’envie d’utiliser des pastels.

Pour faciliter le passage d’une vue à l’autre, il a réalisé les dessins d’un arbre ou d’un poteau, puis pour mémoriser l’endroit où il s’arrêtait il a précisé lorsque cela était possible le numéro de la propriété devant laquelle il s’installait. Ces expériences de pastels secs lui ont permis d’affirmer son style et de travailler les détails d’un tronc d’un arbre d’environ 200 ans.

Fresque_1Il faut reconnaître que le Bras du Chapitre recèle des trésors pour qui veut bien les voir. Michel Dubois a donc continué sa balade artistique jusqu’aux berges face à la rue du Barrage, s’arrêtant au fil de son inspiration : une nouvelle maison d’architecte, un grillage, une maison aux volets rouges, la passerelle Monfray, un banc pour les promeneurs, une barrière interdisant le passage des voitures, ou encore le pont Noël lors du concours des « Chevalets » de l’ASBCA en octobre 1987. L’œuvre sera finalement achevée en 1989.

Aujourd’hui, il nous a confié son œuvre que vous trouverez photographiée sur le site de l’ASBCA

N’hésitez pas à la découvrir et malgré la forte urbanisation de ces dernières années, vous constaterez que les habitants ont su protéger cet espace où la nature conserve ses droits.

Merci encore à Michel Dubois qui a magnifié ce petit paradis champêtre en milieu urbain qu’est le Bras du Chapitre.