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Le Yacht Club de Créteil

François-Xavier Lesaulnier, président de l’YCDC, raconte l’histoire du port de plaisance de Créteil

Dans les années 80, les riverains se plaignaient de l’envasement du bras du Chapitre, déjà ! Les chasses ne sont pas assez efficaces pour évacuer les boues, et l’on craint que les bateaux qui stationnent le long des berges ne gênent l’écoulement du flux . . . En septembre 1989, Philippe Devisme – alors secrétaire de notre
« Association de sauvegarde du Bras du Chapitre et de ses abords » (ASBCA) – propose la création d’un port en pleine Marne pour accueillir les bateaux gênants. Un long ponton flottant est installé sous la passerelle de la Pie, et, en mars 1992, une convention est établie entre la Mairie et l’ASBCA. Elle confiait la gestion du ponton à l’association qui en percevait les loyers et devait s’acquitter des dépenses. YCC

L’ASBCA a toujours eu dans ses statuts le principe d’une présidence tournante annuelle. Bientôt ce fut mon tour. Sollicité fermement par le Conseil d’administration, je me retrouvais bombardé à la présidence de cette respectable institution. Mon bateau étant amarré au ponton. Le capitaine de l’époque, Michel Dagomer, me transmit la responsabilité de la gestion du port, et ce fut le départ d’une autre aventure…

Les plus anciens d’entre nous se souviennent des « rallyes culinaires » associant navigateurs et terriens, dans le parc de l’Île des Ravageurs. Musique, buffets géants, rires et chansons retentissaient jusque tard dans la nuit. Et les lendemains de rangement voyaient nos adhérents revenir, l’œil fatigué, partager les restes du festin.

Las, ces fêtes prirent fin un soir d’orage où les éléments déchaînés eurent raison de nos plus fortes résistances. Les musiciens trempés durent sauver ce qu’ils purent de leur matériel. Le cuisinier replia ses salades et ses tartes sous une pluie battante ! Et le responsable jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Néanmoins, notre organisation allait bon train, et le port apportait, avec la brocante, l’essentiel du financement des activités de l’ASBCA, à la satisfaction générale. C’était sans compter sur la vigilance de l’administration. Une décision préfectorale exigeait, en effet, la constitution d’une association uniquement en charge du port. La convention entre la mairie et l’ASBCA ne pouvait plus être maintenue. Il fallait une délégation de service public. Ainsi fut créé le « Yacht Club de Créteil » (YCDC), adjudicataire de cette délégation depuis août 2006.

Mais toutes les occasions (Assemblée générale, fêtes ou manifestations de l’ASBCA…) sont bonnes pour nous réunir. Et nous nous retrouvons toujours avec plaisir, entre riverains, pour évoquer ces bons souvenirs. Les liens perdurent. Ils sont le fondement même de notre ADN.

Le square Daniel Jullien

Dans un écrin de verdure où les saules, les aulnes, les frênes, les peupliers et quelques arbres bicentenaires sont rois, se cache le plus ancien jardin de Créteil : le square Jullien datant du XIXe. siècle.

SquareJullienSitué dans le quartier du Centre ancien, entre l’avenue de la République et le Chemin du Bras du Chapitre – ancien chemin de halage – ce jardin qui occupe la pente de la colline vers la rivière a été rattaché au XVIIe siècle au château de la porte de Brie.

Cette ancienne propriété du maréchal Serurier fut achetée par le maire de l’époque, M. Joly, qui y construisit dès 1858, l’usine des Eaux de Créteil. Fonctionnant à la vapeur, elle pompait directement l’eau de la Marne. Puis, purifiée, elle était entreposée dans 3 hauts réservoirs de 50.000 litres avant d’être distribuée. Plus tard démolie, le lieu est rendu à la nature à la fin du XIXe siècle.

La partie de l’avenue de la République prit rang de « square » en accueillant en 1946, la stèle dédiée au souvenir des soldats morts au combat en 1870 au Mont Mesly. L’année suivante, il portera le nom de Daniel Jullien (1918-1945), habitant de l’avenue de la République, mort en déportation

Dans le cadre de la rénovation du Bras du Chapitre, la ville de Créteil a fait appel en 1989 à deux lycées professionnels pour la construction d’un kiosque à musique. Cette initiative avait pour but de favoriser la participation de la ville à l’action éducative en rapprochant le système éducatif à des réalités économiques. Le LEP Mansart de Saint-Maur a été chargé de la réalisation de la charpente érigée à 6 m de hauteur. Quant aux travaux de couverture, ils ont été effectués par le LEP Curial de Paris.

La construction achevée en juin 1989, son inauguration fut organisée en même temps que celle du barrage du Bras du Chapitre de cette même année. Une œuvre originale d’architecture réalisée en bois selon des méthodes alliant tradition et modernisme !

Le kiosque à musique est une construction pour le divertissement, typique au XIXe et Xxe siècles, de l’aménagement des villes et des parcs, très ouverte, symétrique par rapport à l’axe central, et de plan polygonal.

Il accueille les spectacles d’artistes et les musiciens pour des concerts en plein air, en journée ou en nocturne si l’éclairage est offert. Quoique plus modeste, il est l’héritier des divers kiosques des sociétés de cour !

La rue Robert Legeay

La rue Robert Legeay s’appelait autrefois la rue des Ottats. Elle va de la rue des Ecoles (au niveau de la Halle du marché couvert) jusqu’au chemin du Bras du Chapitre.

RobertLegeay_1C’est en bas de cette rue que les lavandières descendaient leur linge jusqu’au bateau lessive. Et c’est le long de cette rue, sur les buissons et sur l’herbe, qu’elles étendaient les draps et autres vêtements pour les faire sécher. La configuration des lieux était beaucoup plus champêtre et moins bâtie qu’aujourd’hui.

Qui est Robert Legeay ?

Robert, Henri, Noël LEGEAY est né le 25 mars 1924 à Créteil et mort fusillé par les nazis le 18 novembre 1943 à Bourges, à l’âge de 19 ans. Cet enfant de Créteil était ouvrier et résistant.

Le résistant Paul De Ronne créa la section de Créteil. Il fit appel aux jeunes cristoliens en février 1943 en vue d’opérations d’envergure. Parmi les jeunes recrues figurait Robert Legeay. Jugé apte à devenir maquisard, début juillet 1943, il rejoignit via La Souterraine, un maquis de Corrèze.

RobertLegeay_3Le 15 octobre 1943, en gare de Vierzon, des représentants nazis le fouillèrent avec son ami maquisard cristollien Jean Jaguin. Une arme de poing et des bâtons de dynamite furent découverts dans leur paquetage. Détenus à la prison de Bourges, ils subirent les sévices du tortionnaire Pierre Paoli, agent français de la Gestapo, surnommé « le monstre ».
Le 18 novembre 1943, Robert Legeay fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 776 de Bourges pour « détention d’armes, de munitions et de grenades, résistant qui aurait été en mission » et fusillés neuf jours plus tard. Leurs corps ont été inhumés au cimetière Saint-Lazare de Bourges dans le carré des fusillés (fosse 863). À Créteil, l’annonce de leur condamnation déclencha une forte émotion et réprobation.

Le nom de Robert Legeay figure sur la stèle commémorative des fusillés de Montifaut à Bourges (cf photo) et sur le monument aux morts de Créteil où son corps fut réinhumé. Par délibération municipale du 8 décembre 1944, la rue des Ottats devient la rue Robert Legeay. La mention « Mort pour la France » lui fut attribuée sur avis du Ministère aux Anciens Combattants, en date du 15 décembre 1947.RobertLegeay_2

A petit pas

Le Bras du Chapitre est un rejeton de la Marne et c’est vrai puisque grand-père me l’avait dit, dans le plus lointain de mes souvenirs, lors d’une promenade sur le bord d’eau.

Eté 1945 – mon père était revenu depuis peu d’un rude séjour forcé en Allemagne, mais grand-père, qui en avait pris la douce habitude en son absence, continuait à mener en balade lente le premier né de ses petits enfant. C’était, quotidiennement, un voyage de vacances en bout de rue, le long du Bras et à travers les îles de Créteil.

APetitPasQuand il promenait ses petits-enfants par la main, grand-père Adrien parlait à l’aise leur langue et ça émerveillait leurs balades à pied. Il savait s’inviter, à la marge, dans l’imaginaire des petits ; ça semblait qu’il avait, dissimulé sous son béret, une fameuse réserve d’images à faire rêver la vie. Chance sur nous donc…

Juché sur le modeste promontoire de la pointe Barbière, il avait désigné, faussement navré, le Bras du Chapitre comme un coquin, un chenapan liquide qui avait profité d’un moment d’inattention de sa maman rivière la Marne pour lui fausser compagnie, filer tout fou à la main gauche et s’offrir une petite virée sauvage en plat pays humide.

En débouchant dans le vaste bassin de Bonneuil, la Marne relâche ses rives, se met en mollesse de courant et entre en somnolence siesteuse. La consternante baisse de vigilance maternelle fuite le rejeton en explorateur.

Cent et cent fois, à petits pas, nous avons accompagné le flot joyeux tout au long de son escapade, mille six cents mètres d’une bien belle buissonnière. Musard et crâne, le Bras prend son temps pour lécher les berges. Le petit courant loustic, jouisseur de sa courte aventure libertaire est aimablement attentif à ne pas distancer un pas d’enfant.

En bout d’Ile Brise Pain, ni vu, ni puni, le petit Bras canaille se fonde sans vergogne dans le grand bouillonnement de la rivière. C’était pas une histoire édifiante : la désobéissance n’apportait aucun désagrément, bien au contraire. Cette affaire là donnait presque envie de se décramponner des adultes, avant l’âge, pour aller faire des petits cheminements traverses…

La brouette à ridelles d’André

Il y a une quarantaine d’années, les deux meilleurs jardiniers de nos îles cultivaient leurs potagers sur l’île de la Guyère, à l’entrée de l’allée des Coucous dont aucun digicode n’interdisait encore l’accès. André était le premier, sitôt passée la porte de l’allée. Le potager de Victor se trouvait 50 mètres plus loin.

C’était, entre eux deux, une compétition permanente et amicale : à qui produirait les plus beaux poireaux, les
plus grosses salades, les plus belles tomates… Il y fallait du savoir faire, un bon coup de bêche, et, bien sûr, du fumier, beaucoup de fumier !

brouette_ridellesUn jour, nous venions d’échanger avec André quelques légumes contre des canettes de bière. Son vélo était déjà appuyé au grillage, une brassée de fleurs dans le panier accroché au guidon. Pressé de partir, il poussait sa brouette pour la remiser dans la grande cabane en planches, noircie par le temps, qui occupait le milieu du
jardin. Mais il s’arrêta brusquement devant nous, posa la brouette, se redressa, mit les mains sur ses hanches, et nous dit avec son bon sourire :

« Je vais vous raconter l’histoire de cette brouette…

Au début des années soixante, le père Pagès avait encore quelques vaches dans sa ferme de la Prairie, là, de l’autre côté de la passerelle, sur le chemin du Bras du Chapitre.Chaque automne , il vendait son fumier. Une aubaine pour moi. J’étais son plus proche client. Et son fumier, il ne le vendait pas au poids, il le vendait à la brouette. Alors j’avais équipé ma brouette de ridelles pour y embarquer autant de fumier qu’elle pouvait en contenir.Ça fait belle lurette que j’ai brûlé ces ridelles, mais croyez-moi, elles étaient bien hautes, presqu’aussi hautes que moi !

Le père Pagès, lui, il me regardait charger à la fourche ma brouette à ridelles. Et je voyais bien qu’il n’était pas trop content. Mais c’est quand j’ai entrepris de grimper sur un petit muret, avec mes bottes, pour tasser le fumier dans la brouette, qu’il est sorti en hurlant :

« André, ça suffit comme ça ! Les ridelles, passe encore, mais tasser, il n’en est pas question. Tu m’entends, pas question ! » …

Et André en riait encore !