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Dans la cour de l’école vrombissaient les hannetons…

Le printemps 1952 était un vrai printemps à l’ancienne. Sur les trottoirs, au pied des murs, au droit des caniveaux, les serfouettes des cantonniers traquaient au ras des racines, les pissenlits en jaune et les touffes des plantains. C’était le printemps et ça mettait en énergie allègre les gambettes des écoliers et les élytres bruns des hannetons qui vrombissaient sous les marronniers en fleurs.Lesté par sa pesante besace d’écolier, la poche gauche de son short gonflée par la présence insolite d’une petite boîte en fer blanc, un petit garçon de Créteil, myope mais guilleret se dirigeait allègrement vers sa chère école Victor Hugo.

La boîte lovée dans la poche de gauche était bombée et percée de dizaines de trous pour permettre la respiration de ses occupants ; la boîte était un réceptacle pour hannetons, une sorte de malle de voyage.

En ce temps-là, au printemps, les lourds coléoptères bruns voletaient en bruyantes escadrilles sous les marronniers. L’éclosion des fleurs de marronniers donnaient le signal de l’ouverture de la chasse aux hannetons et les p’tits joyeux des écoles ne se privaient pas de les faire prisonniers.

La manœuvre des vols de hannetons était une activité traditionnelle de printemps autorisée dans les cours d’école. Bien des maîtres à béret, lorsqu’ils surveillaient les récréations, suivaient les évolutions des forteresses volantes et bourdonnantes avec des regards plein de bonhommie, au souvenir du lointain temps où  ils pilotaient eux-mêmes ces bestioles ailées.

Le vol maîtrisé des hannetons était une pratique tenace que les pères, nostalgiques de leur enfance,  transmettaient fièrement à leurs fils. Les techniques fauconnières adaptées aux coléoptères s’apprenaient plus vite que les règles de grammaire. Les pilotes experts attachaient un fil à coudre à une patte des captifs. 2 mètres de liberté conditionnelle et les élytres bruns s’élançaient en vrombissant comme des bombardiers.

Mais les maîtres d’équipage ne pouvaient s’attacher à leurs cerfs-volants poilus tant leur comportement imprévisible défrisait leurs entendements juvéniles. C’était une analyse unanimement partagé par les avionneurs de hannetons qui opinaient doctement du chef à l’évocation de leurs infortunes.

Imprévisibles comme des bourdons neurasthéniques, leurs antennes massues en bélier, les hannetons changeaient souvent et brusquement de trajectoire pour aller percuter les vitres des alentours. Avec la ferveur imbécile des pilotes kamikazes, les forteresses volantes caparaçonnées n’aimaient rien moins qu’à aller mourir en s’assommant contre les vitrages. Les hannetons étaient des insectes suicidaires. C’était inscrit dans leurs gènes. C’était leur part d’ombre antipathique.

Les loupiots ne s’y étaient pas trompé : « t’es con comme un hanneton » figurait en position éligible dans le riche registre des insultes écolières de printemps.

Gilbert, artiste des jardins

Cultiver son jardin, c’est bien sûr travailler la terre pour lui faire produire de beaux fruits et légumes mais ça ne suffit pas. Il faut aussi être attentif à l’écosystème de son potager. Gilbert, jardinier de la rue de la Prairie, en est convaincu. Et comme il est aussi bricoleur, avec une âme d’artiste, il a décidé de mêler ses deux centres d’intérêt en concevant et en construisant des abris pour les petits animaux. D’ailleurs, dès qu’on entre dans son jardin, on découvre des créations à l’esthétique étonnante : nichoirs à oiseaux, hôtels à insectes, mini moulins à vent, abri pour les canards et même cabane pour le chat qui y a élu domicile. Toutes des créations originales.

Quand on demande à Gilbert comment lui est venu l’idée de construire tous ces abris, il nous répond que tout  petit déjà, il aimait travailler le bois. Son métier de plombier ne lui a pas permis de réaliser cette passion. Mais en voyant dans les jardineries ces nichoirs ou hôtels à insectes industriels qu’il trouve plutôt laids, il se lance dans la fabrication de ses propres créations.

Sa méthode ? Il commence par réunir sa matière première en récupérant les palettes abandonnées, les lattes de planchers ou la frisette que les gens déposent dans la rue au moment des encombrants…puis il laisse parler son imagination.

Ses créations ont un succès fou et on en trouve dans la plupart des jardins de la rue de la prairie. Si Gilbert en faisait commerce, il aurait fait fortune ! Il les réalise à la demande et avec les éléments qu’il a récupérés. C’est ce qui fait la diversité de ses abris, qu’ils soient pour les oiseaux, les insectes ou décoratifs, comme ses moulins à vent qui tournent grâce à des axes de vélos. Il les réalise en 2 à 3 jours.

En ce moment, il fabrique de nombreux hôtels à insectes. Ils sont très tendance dans une période où l’on se préoccupe de plus en plus d’écologie. En effet, la dégradation de l’environnement et la diminution des lieux de biodiversité entraînent la disparition des abris naturels des insectes comme les bois morts, les troncs et leurs écorces, les branches, les souches, ou les petites branches mortes sur les arbres sains. Ces bois morts sont aussi source de nourriture pour les insectes. Ils sont pour eux la chambre à coucher, le couvain, la crèche et la cuisine selon les espèces. C’est pourquoi aujourd’hui, nos jardiniers, pour rétablir cet équilibre naturel, compensent en offrant le gîte et le couvert. C’est le rôle des hôtels à insectes que l’on voit « fleurir » aussi bien chez les particuliers que dans les espaces publics. Dans les jardins familiaux, les insectes y trouvent de quoi se loger et se nourrir. En contrepartie, ils contribuent à la pollinisation indispensable à la fécondation des végétaux, d’autres permettent le recyclage de la matière organique indispensable au compostage.

Si vous aussi, vous souhaitez apporter votre pierre à la conservation de la biodiversité, en installant un hôtel à insectes, réservez-lui une place au soleil. Il doit être exposé sud/sud-est, éventuellement est/sud-est. Ne le mettez pas au milieu du jardin mais adossez-le contre un mur ou une haie qui le protègera des vents dominants. Ne le posez pas à même le sol et laissez dessous un espace pour la ventilation. Le fond doit être complètement fermé.

De nombreux insectes sont qualifiés de nuisibles. Mais tout est une question d’équilibre et, au bout d’un moment, tout s’autorégule. Un grand nombre d’entre eux travaille dans l’ombre. On ne supporte pas les mouches domestiques et encore moins leurs asticots. Mais sans ces insectes qui contribuent à nettoyer, nous croulerions sous les déchets !

La fête du bras du Chapitre

Dimanche 2 juillet de 14h à 18h
Sur la base de l’USC Canoë-kayak, 20 rue du Barrage.

Comme chaque année retrouvons nous sur la pelouse l’USC Canoë-kayak :
structure gonflable, jeu du chamboule-tout, de la pêche à la ligne, des courses en sac , mur d’escalade, barbe à papa, enchanteront petits et grands.

Nous vous y attendons
L’équipe ASBCA

La rue Robert Legeay

La rue Robert Legeay s’appelait autrefois la rue des Ottats. Elle va de la rue des Ecoles (au niveau de la Halle du marché couvert) jusqu’au chemin du Bras du Chapitre.

RobertLegeay_1C’est en bas de cette rue que les lavandières descendaient leur linge jusqu’au bateau lessive. Et c’est le long de cette rue, sur les buissons et sur l’herbe, qu’elles étendaient les draps et autres vêtements pour les faire sécher. La configuration des lieux était beaucoup plus champêtre et moins bâtie qu’aujourd’hui.

Qui est Robert Legeay ?

Robert, Henri, Noël LEGEAY est né le 25 mars 1924 à Créteil et mort fusillé par les nazis le 18 novembre 1943 à Bourges, à l’âge de 19 ans. Cet enfant de Créteil était ouvrier et résistant.

Le résistant Paul De Ronne créa la section de Créteil. Il fit appel aux jeunes cristoliens en février 1943 en vue d’opérations d’envergure. Parmi les jeunes recrues figurait Robert Legeay. Jugé apte à devenir maquisard, début juillet 1943, il rejoignit via La Souterraine, un maquis de Corrèze.

RobertLegeay_3Le 15 octobre 1943, en gare de Vierzon, des représentants nazis le fouillèrent avec son ami maquisard cristollien Jean Jaguin. Une arme de poing et des bâtons de dynamite furent découverts dans leur paquetage. Détenus à la prison de Bourges, ils subirent les sévices du tortionnaire Pierre Paoli, agent français de la Gestapo, surnommé « le monstre ».
Le 18 novembre 1943, Robert Legeay fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 776 de Bourges pour « détention d’armes, de munitions et de grenades, résistant qui aurait été en mission » et fusillés neuf jours plus tard. Leurs corps ont été inhumés au cimetière Saint-Lazare de Bourges dans le carré des fusillés (fosse 863). À Créteil, l’annonce de leur condamnation déclencha une forte émotion et réprobation.

Le nom de Robert Legeay figure sur la stèle commémorative des fusillés de Montifaut à Bourges (cf photo) et sur le monument aux morts de Créteil où son corps fut réinhumé. Par délibération municipale du 8 décembre 1944, la rue des Ottats devient la rue Robert Legeay. La mention « Mort pour la France » lui fut attribuée sur avis du Ministère aux Anciens Combattants, en date du 15 décembre 1947.RobertLegeay_2

Choses écrites à Créteil

Sachez qu’hier, de ma lucarne,
J’ai vu, j’ai couvert de clins d’yeux
Une fille qui dans la Marne
Lavait des torchons radieux.

Près d’un vieux pont, dans les saulées,
Elle lavait, allait, venait ;
L’aube et la brise étaient mêlées
À la grâce de son bonnet.

Je la voyais de loin. Sa mante
L’entourait de plis palpitants.
Aux folles broussailles qu’augmente
L’intempérance du printemps,

Aux buissons que le vent soulève,
Que juin et mai, frais barbouilleurs,
Foulant la cuve de la sève,
Couvrent d’une écume de fleurs,

Aux sureaux pleins de mouches sombres,
Aux genêts du bord, tous divers
Aux joncs échevelant leurs ombres
Dans la lumière des flots verts,

Elle accrochait des loques blanches,
Je ne sais quels haillons charmants
Qui me jetaient, parmi les branches,
De profonds éblouissements.

Ces nippes, dans l’aube dorée,
Semblaient, sous l’aulne et le bouleau,
Les blancs cygnes de Cythérée
Battant de l’aile au bord de l’eau.

Des cupidons, fraîche couvée,
Me montraient son pied fait au tour ;
Sa jupe semblait relevée
Par le petit doigt de l’amour.

On voyait, je vous le déclare,
Un peu plus haut que le genou.
Sous un pampre un vieux faune hilare
Murmurait tout bas : Casse-cou !

Je quittai ma chambre d’auberge,
En souriant comme un bandit ;
Et je descendis sur la berge
Qu’une herbe, glissante, verdit.

Je pris un air incendiaire
Je m’adossai contre un pilier,
Et je lui dis : « Ô lavandière !
(Blanchisseuse étant familier)

« L’oiseau gazouille, l’agneau bêle,
« Gloire à ce rivage écarté !
« Lavandière, vous êtes belle.
« Votre rire est de la clarté.

« Je suis capable de faiblesses.
« Ô lavandière, quel beau jour !
« Les fauvettes sont des drôlesses
« Qui chantent des chansons d’amour.

« Voilà six mille ans que les roses
« Conseillent, en se prodiguant,
« L’amour aux coeurs les plus moroses.
« Avril est un vieil intrigant.

« Les rois sont ceux qu’adorent celles
« Qui sont charmantes comme vous ;
« La Marne est pleine d’étincelles ;
« Femme, le ciel immense est doux.

« Ô laveuse à la taille mince
« Qui vous aime est dans un palais.
« Si vous vouliez, je serais prince ;
« Je serais dieu, si tu voulais. — »

La blanchisseuse, gaie et tendre,
Sourit, et, dans le hameau noir,
Sa mère au loin cessa d’entendre
Le bruit vertueux du battoir.

Les vieillards grondent et reprochent,
Mais, ô jeunesse ! il faut oser.
Deux sourires qui se rapprochent
Finissent par faire un baiser.

Je m’arrête. L’idylle est douce,
Mais ne veut pas, je vous le dis,
Qu’au delà du baiser on pousse
La peinture du paradis.

Victor Hugo  (1802-1885)

Recueil : Les chansons des rues et des bois (1865).