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La rue Robert Legeay

La rue Robert Legeay s’appelait autrefois la rue des Ottats. Elle va de la rue des Ecoles (au niveau de la Halle du marché couvert) jusqu’au chemin du Bras du Chapitre.

RobertLegeay_1C’est en bas de cette rue que les lavandières descendaient leur linge jusqu’au bateau lessive. Et c’est le long de cette rue, sur les buissons et sur l’herbe, qu’elles étendaient les draps et autres vêtements pour les faire sécher. La configuration des lieux était beaucoup plus champêtre et moins bâtie qu’aujourd’hui.

Qui est Robert Legeay ?

Robert, Henri, Noël LEGEAY est né le 25 mars 1924 à Créteil et mort fusillé par les nazis le 18 novembre 1943 à Bourges, à l’âge de 19 ans. Cet enfant de Créteil était ouvrier et résistant.

Le résistant Paul De Ronne créa la section de Créteil. Il fit appel aux jeunes cristoliens en février 1943 en vue d’opérations d’envergure. Parmi les jeunes recrues figurait Robert Legeay. Jugé apte à devenir maquisard, début juillet 1943, il rejoignit via La Souterraine, un maquis de Corrèze.

RobertLegeay_3Le 15 octobre 1943, en gare de Vierzon, des représentants nazis le fouillèrent avec son ami maquisard cristollien Jean Jaguin. Une arme de poing et des bâtons de dynamite furent découverts dans leur paquetage. Détenus à la prison de Bourges, ils subirent les sévices du tortionnaire Pierre Paoli, agent français de la Gestapo, surnommé “le monstre”.
Le 18 novembre 1943, Robert Legeay fut condamné à mort par le tribunal militaire allemand FK 776 de Bourges pour “détention d’armes, de munitions et de grenades, résistant qui aurait été en mission” et fusillés neuf jours plus tard. Leurs corps ont été inhumés au cimetière Saint-Lazare de Bourges dans le carré des fusillés (fosse 863). À Créteil, l’annonce de leur condamnation déclencha une forte émotion et réprobation.

Le nom de Robert Legeay figure sur la stèle commémorative des fusillés de Montifaut à Bourges (cf photo) et sur le monument aux morts de Créteil où son corps fut réinhumé. Par délibération municipale du 8 décembre 1944, la rue des Ottats devient la rue Robert Legeay. La mention “Mort pour la France” lui fut attribuée sur avis du Ministère aux Anciens Combattants, en date du 15 décembre 1947.RobertLegeay_2

A petit pas

Le Bras du Chapitre est un rejeton de la Marne et c’est vrai puisque grand-père me l’avait dit, dans le plus lointain de mes souvenirs, lors d’une promenade sur le bord d’eau.

Eté 1945 – mon père était revenu depuis peu d’un rude séjour forcé en Allemagne, mais grand-père, qui en avait pris la douce habitude en son absence, continuait à mener en balade lente le premier né de ses petits enfant. C’était, quotidiennement, un voyage de vacances en bout de rue, le long du Bras et à travers les îles de Créteil.

APetitPasQuand il promenait ses petits-enfants par la main, grand-père Adrien parlait à l’aise leur langue et ça émerveillait leurs balades à pied. Il savait s’inviter, à la marge, dans l’imaginaire des petits ; ça semblait qu’il avait, dissimulé sous son béret, une fameuse réserve d’images à faire rêver la vie. Chance sur nous donc…

Juché sur le modeste promontoire de la pointe Barbière, il avait désigné, faussement navré, le Bras du Chapitre comme un coquin, un chenapan liquide qui avait profité d’un moment d’inattention de sa maman rivière la Marne pour lui fausser compagnie, filer tout fou à la main gauche et s’offrir une petite virée sauvage en plat pays humide.

En débouchant dans le vaste bassin de Bonneuil, la Marne relâche ses rives, se met en mollesse de courant et entre en somnolence siesteuse. La consternante baisse de vigilance maternelle fuite le rejeton en explorateur.

Cent et cent fois, à petits pas, nous avons accompagné le flot joyeux tout au long de son escapade, mille six cents mètres d’une bien belle buissonnière. Musard et crâne, le Bras prend son temps pour lécher les berges. Le petit courant loustic, jouisseur de sa courte aventure libertaire est aimablement attentif à ne pas distancer un pas d’enfant.

En bout d’Ile Brise Pain, ni vu, ni puni, le petit Bras canaille se fonde sans vergogne dans le grand bouillonnement de la rivière. C’était pas une histoire édifiante : la désobéissance n’apportait aucun désagrément, bien au contraire. Cette affaire là donnait presque envie de se décramponner des adultes, avant l’âge, pour aller faire des petits cheminements traverses…

La brouette à ridelles d’André

Il y a une quarantaine d’années, les deux meilleurs jardiniers de nos îles cultivaient leurs potagers sur l’île de la Guyère, à l’entrée de l’allée des Coucous dont aucun digicode n’interdisait encore l’accès. André était le premier, sitôt passée la porte de l’allée. Le potager de Victor se trouvait 50 mètres plus loin.

C’était, entre eux deux, une compétition permanente et amicale : à qui produirait les plus beaux poireaux, les
plus grosses salades, les plus belles tomates… Il y fallait du savoir faire, un bon coup de bêche, et, bien sûr, du fumier, beaucoup de fumier !

brouette_ridellesUn jour, nous venions d’échanger avec André quelques légumes contre des canettes de bière. Son vélo était déjà appuyé au grillage, une brassée de fleurs dans le panier accroché au guidon. Pressé de partir, il poussait sa brouette pour la remiser dans la grande cabane en planches, noircie par le temps, qui occupait le milieu du
jardin. Mais il s’arrêta brusquement devant nous, posa la brouette, se redressa, mit les mains sur ses hanches, et nous dit avec son bon sourire :

« Je vais vous raconter l’histoire de cette brouette…

Au début des années soixante, le père Pagès avait encore quelques vaches dans sa ferme de la Prairie, là, de l’autre côté de la passerelle, sur le chemin du Bras du Chapitre.Chaque automne , il vendait son fumier. Une aubaine pour moi. J’étais son plus proche client. Et son fumier, il ne le vendait pas au poids, il le vendait à la brouette. Alors j’avais équipé ma brouette de ridelles pour y embarquer autant de fumier qu’elle pouvait en contenir.Ça fait belle lurette que j’ai brûlé ces ridelles, mais croyez-moi, elles étaient bien hautes, presqu’aussi hautes que moi !

Le père Pagès, lui, il me regardait charger à la fourche ma brouette à ridelles. Et je voyais bien qu’il n’était pas trop content. Mais c’est quand j’ai entrepris de grimper sur un petit muret, avec mes bottes, pour tasser le fumier dans la brouette, qu’il est sorti en hurlant :

« André, ça suffit comme ça ! Les ridelles, passe encore, mais tasser, il n’en est pas question. Tu m’entends, pas question ! » …

Et André en riait encore !

A l’ombre des platanes

Les platanes, ces arbres mythiques de nos villes et du bord de nos routes. Mais pourquoi ces arbres-là ? Et quand sont apparus les premiers platanes sur les bords du Bras du Chapitre ?

Platane_1Le platane est un arbre très ancien puisqu’il existait déjà au crétacé.
Aujourd’hui, 3 espèces de platanes ont été recensées sur la planète :

  • le platane d’Occident, très rare en Europe
  • le platane d’Orient, planté par les Romains en Italie
  • le platane « commun », résultat d’une hybridation entre le platane d’occident et le platane d’orient au 17ème siècle.

C’est cette dernière espèce qui est présente partout en France. Avec ses grandes feuilles ressemblant à l’érable, sa croissance rapide et son port large, l’arbre peut vivre de 500 à … 2000 ans. Surprenant ! Le plus vieux platane d’Europe connu est en Grèce. Il s’agit du platane d’Hippocrate sur l’île de Kos qui a 500 ans mais qui serait le rejeton d’un 1er platane de 2400 ans. La circonférence de son tronc fait 12m. Gigantesque ! La légende raconte que c’est sous cet arbre qu’Hippocrate enseignait la médecine à ses élèves.

L’engouement en France pour les platanes bordant les routes et les allées date du début du 19ème siècle. Et c’est Napoléon qui en est à l’origine. Encore une histoire de campagne militaire ! Engagées dans de nombreux conflits aux quatre coins du continent, les troupes de l’Empire se déplaçaient à pied dans leur grande majorité, et à cheval.

En plein soleil, ces trajets pouvaient s’avérer destructeurs pour les soldats qui arrivaient exténués sur les champs de bataille. L’empereur a donc pris la décision de planter des platanes, le long de tous les grands chemins de France, afin de protéger le plus possible ses hommes de la chaleur.
On l’aura compris, le choix de l’arbre s’est fait par rapport à la robustesse de l’espèce, à sa croissance rapide et à ses grandes feuilles qui font de l’ombre.
Platane_2Et le long du bras du Chapitre ?

L’époque des guinguettes et des escapades campagnardes des Parisiens ont fait des bords du Bras du Chapitre un endroit stratégique pour l’économie de la ville. Son embellissement est donc considéré comme essentiel et la plantation d’arbres évidente. Le platane étant à la mode, c’est cette essence qui est majoritairement choisie. Les plus vieux platanes datent du 19ème siècle.

Platane_3La 1ère guerre mondiale va modifier le paysage puisque le ministère de la guerre recense, marque et abat plusieurs arbres pour l’effort de guerre malgré l’opposition municipale.

Des campagnes d’entretien et de reboisements sont régulièrement organisées. En 1920, le conseil municipal vote le reboisement des rives du Bras du Chapitre « dans le but de rendre au Bras du Chapitre son aspect agréable ». Mais cette fois on varie les essences. Le platane n’a plus le monopole même s’il reste l’arbre le plus présent sur nos rives.

Un apiculteur amateur contemplatif

Michel Bertrand, apiculteur Cristolien, sous-espèce amateur, sous-sous-espèce amateur contemplatif.

C’est en pratiquant que l’on se forme. Et à ceux qui n’ont jamais affronté un essaim en colère, il manque quelque chose ! C’est ainsi que, par suite d’une maladroite intervention, nous avons été suivis dans la maison, chassés pièce par pièce et contraints de reconquérir pas à pas notre demeure à partir des toilettes où nous étions réfugiés, ma femme et moi. Puis, l’expérience venant, et nos enfants ayant parlé en cour de récréation de la nouvelle manie de leurs parents, nous avons eu la surprise de voir sortir des greniers des matériels prouvant que dans notre ville avaient existé de nombreux apiculteurs (1).abeille_2

Dès lors, nous avons contribué à la relance de l’activité apicole dans nos îles et sur l’ensemble de Créteil, au Parc Dupeyroux en particulier. Une dizaine d’années plus tard, après une formation d’ « Assistant Sanitaire Apicole », les services vétérinaires m’ont confié quatorze communes du Val-de-Marne où surveiller la santé de nos “mouches”, comme disaient nos anciens. C’est une vraie passion qui nous fait vivre au rythme des saisons, rencontrer des passionnés et également un plaisir de partager cette passion avec les lecteurs de notre « Gazette ».

Mais laissons maintenant parler cette butineuse qui sur la planche d’envol va, pour la première fois, partir au travail. Elle est émue et son débit sera un peu haché :

J’ai 18 jours, ma famille n’a guère changé depuis le temps des dinosaures (2), je vais chercher du nectar, du pollen, de l’eau ou de la propolis. Collecter le nectar, c’est le plus beau des métiers ! J’en sais quelque chose, car j’ai déjà fait 6 métiers différents : ménagère pendant 3 jours après ma naissance, nourrice pendant 5 jours car ma glande productrice de gelée royale est développée, nettoyeuse, ventileuse, magasinière, cirière.

abeille_1Vous m’avez regardée : je pèse 1/10g. Je vais me charger à 0,05g. Je ferai 20 voyages par jour. 1kg de miel ce sera 50.000 voyages (40.000km). Mes ailes vibrent 250 fois par seconde. Ma vie sera de 40j en été, 6 mois en hiver. Avant de partir je n’irai pas saluer la reine. Entourée de ses dames d’atour, qui la soignent, la nourrissent, la gardent, sa majesté pond un œuf chaque 40 secondes. Je n’aurai pas un regard pour les faux bourdons, ces  mâles qui ne servent à rien ! Ils sont peu nombreux, 2 à 3.000, nous les abeilles sommes 30 à 40.000.

Par leur danse, mes sœurs éclaireuses nous ont indiqué où se trouvent les lieux de récolte. J’ai décollé après avoir agrafé mes deux paires d’ailes. Mon vol peut aller jusqu’à 3 km. Je vais avec ma langue de quelques millimètres, recueillir le précieux nectar. Mon jabot bien rempli, vite à la maison, je transfère ma cueillette à une sœur et repars aussitôt.

J’ai marqué la fleur visitée et n’y reviendrai pas. Mais je ne visiterai qu’une seule espèce de fleur, environ 400 en une journée, ce qui fait que je suis l’auxiliaire indispensable à la pollinisation. 4/5e des fruits et légumes sont pollinisés par nous.

En cette sortie d’hiver – hiver qui n’a pas eu lieu – les colonies de nos îles, en ruches ou sauvages, se portent bien. Elles espèrent que l’utilisation de produits chimiques disparaîtra et que les plantes adventices, qu’on appelait « mauvaises herbes », reviendront dans nos jardins. On redécouvrira alors leur variété et leur beauté, loin de l’insipide gazon dit anglais…

abeille_3Michel Bertrand, “apiculteur amateur contemplatif”, selon la jolie formule de Michel Richard

(1) Des lectures m’ont appris que Charlemagne avait imposé à chaque famille d’avoir une colonie d’abeilles ! Cette injonction n’a pas été supprimée mais je ne dénoncerai aucun contrevenant.

(2) Une petite révision s’impose. On a trouvé dans de l’ambre, datant de plusieurs millions d’années, des abeilles fossilisées, leur adaptation à leur ambiance était tellement parfaite que nos « mouches » actuelles paraissent très semblables.